Patrick de Saint-Exupéry

  • La traversée : un périple à travers l'immense forêt congolaise, de Kigali au Rwanda à Kinshasa en République démocratique du Congo. Un invraisemblable voyage, en moto, en camion, en barge, malgré les trafiquants, la fièvre Ébola, les groupes armés. Une traversée dans une nature dantesque où les hommes et les femmes vivent coupés du monde. L'enjeu ? Vérifier les accusations des autorités françaises, répétées inlassablement depuis plus de vingt ans : un génocide se serait déroulé au coeur de la forêt équatoriale congolaise, des centaines de milliers d'hommes et de femmes auraient été massacrés dans l'indifférence. Au fil des étapes, émouvantes, savoureuses ou romanesques, les témoins parlent. La vérité émerge, et avec elle le rôle de la France au Rwanda puis au Congo. Un engrenage qui a conduit Paris à s'enfoncer toujours plus avant dans la compromission. Un reportage fascinant. Une odyssée au coeur de l'Afrique.

  • Je vais vous rabaisser au rang d'homme.
    Ou vous élever, c'est selon. je vais attraper votre main et nous allons partir. quelque part, là-bas, il y a longtemps. en afrique, la france se bat depuis cinquante ans pour conserver son empire. la décolonisation n'a pas été une rupture, juste une étape. avec le temps, nos dirigeants ont simplement privilégié l'ombre, perfectionnant certaines techniques forgées durant les guerres coloniales : les opérations secrètes, l'enseignement de la " guerre révolutionnaire ", cette doctrine de manipulation des foules.

    Au rwanda, notre politique fut une réussite. techniquement - je veux dire si l'on se débarrasse de ces concepts encombrants que sont le bien et le mal, l'humain et l'inhumain, l'acceptable et l'inadmissible -, nous fûmes au sommet. la mystification est une figure de la guerre. nous la pratiquâmes avec une maîtrise qui glace le sang. des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du xxe siècle.
    Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seing. j'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises. il faisait chaud, c'était l'été. il faisait beau, c'était magnifique. c'était le temps du génocide.

  • Alors que des instructions sont en cours, que la France et le Rwanda sont en guerre diplomatique et judiciaire ouverte, que Pierre Péan a pris la tête de la défense de François Mitterrand, Patrick de Saint-Exupéry « porte la plume dans la plaie ».

    Je suis allé pour la première fois au Rwanda en 1990. J'avais 28 ans. François Mitterrand était à l'Élysée, Michel Rocard à Matignon.
    J'y suis retourné en 1993, puis en 1994 pendant le génocide. J'avais 31 ans. François Mitterrand était à l'Élysée, Édouard Balladur à Matignon.
    En 1998, j'ai publié dans "Le Figaro" une longue enquête sur la France et le Rwanda. J'avais 35 ans. Jacques Chirac était à l'Élysée, Lionel Jospin à Matignon.
    En 2004, j'ai écrit "L'Inavouable", La France au Rwanda. J'avais 41 ans. Jacques Chirac était à l'Élysée, Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
    Nous sommes en 2009. J'ai 46 ans. Nicolas Sarkozy est à l'Élysée, François Fillon à Matignon.

    Et le dossier rwandais, toujours sur la table.
    Son intitulé tient en un mot : complicité. Ce mot est terrible. Chaque fois qu'il l'entend, Hubert Védrine dit : « C'est monstrueux... ». Et, immanquablement, l'ancien secrétaire général de l'Élysée sous Mitterrand assène qu'il est « monstrueux » d'accuser la France de complicité dans le dernier génocide du XXe siècle.
    Si la question était « La France, complice ? », Hubert Védrine n'aurait pas tort. Mais ce n'est pas la question. Celle-ci est bien plus simple. Et c'est pour cela qu'elle l'effraye et qu'il fait tout pour l'enterrer.
    La question est : François Mitterrand, complice ? Et par voie de conséquence : Hubert Védrine, complice ? Le commandant Paul Barril, complice ? Alain Juppé, complice ? Dominique de Villepin, complice ? Édouard Balladur, complice ? Le général Quesnot, complice ? Le général Huchon, complice ? L'amiral Lanxade, complice ?...
    On ne fait jamais assez attention aux évidences. Il en est, pourtant, une aveuglante : « la France » n'a pas à endosser ce dossier. C'est une politique secrète qui fut menée par Paris au Rwanda de 1990 à 1994. Elle fut décidée par quelques-uns et mise en oeuvre par un noyau, le tout au prix d'importantes entorses à la légalité républicaine. Jamais, le Parlement ne fut informé. Jamais, « la France » ne fut au courant.
    Cette politique a été tramée dans les coulisses du pouvoir, dans les officines de la cour. Hors de toute règle. Hors de tout débat.
    Elle ne fut mise à jour qu'une fois le pire commis. Et dès lors, pour fuir les responsabilités, « la France » servit de paravent.
    Tout comme les maîtres d'oeuvre du génocide s'abritèrent derrière leur peuple, les responsables français impliqués dans le dossier se sont retranchés derrière la France.
    Ce tragique cache-cache dure depuis maintenant quinze ans. Depuis quinze ans, « la France », c'est-à-dire vous et moi, nous trouvons sommés d'accepter ou de refuser la marque d'infamie que certains voudraient nous faire porter.

    En 2004, lors de la publication de "L'Inavouable", j'étais en colère. Je le reste aujourd'hui et le resterai peut-être. Simple Français, je ne peux accepter - comme beaucoup, je pense - de servir de paravent à des hommes qui, après avoir aspiré aux charges, esquivent les responsabilités. Et refusent d'admettre, en propre, leur part d'inavouable.
    P. de Saint-Exupéry

  • UNE BD REPORTAGE SUR LE GÉNOCIDE DES TUTSIS DU RWANDA.

    Il n'y avait plus de mots. Juste ce silence. Épais, lourd. C'était un génocide, celui des Tutsis du Rwanda, le troisième du XXe siècle.
    Il faisait beau, il faisait chaud. Nous avions pénétré le monde du grand secret.
    Sur les collines de Bisesero, des instituteurs tuaient leurs élèves, des policiers menaient la battue. C'était la « grande moisson ».
    François Mitterrand niait « le crime des crimes ». Comment raconter ?

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