Libella - Anatolia

  • "J'ai moi-même cessé d'exister le 23 août 1934. J'oublie où je me trouvais à ce moment-là, mais la date restera à jamais gravée dans ma mémoire. " Ainsi s'exprimait Will Cuppy, l'homme à qui nous devons le désopilant Comment reconnaître vos amis des grands singes (Anatolia, 2006). Dans le présent recueil, Cuppy aborde l'extinction du dinosaure, du plésiosaure, du ptérodactyle, du mammouth laineux, du dodo et du paresseux terrestre géant et nous présente, avec une compétence certaine, un bon petit assortiment d'autres poissons et reptiles nettement moins disparus. Le résultat est une anthologie délirante, regroupant une quarantaine de vignettes, dont chacune porte la marque inimitable et indestructible d'un maître humoriste qui a fait rire l'Amérique entière pendant vingt ans : " Les poissons pensent-ils vraiment ? ", " Note sur le baron Cuvier ", " Comme un poisson hors de l'eau ", " J'élève mon serpent ", " Qu'on cesse de nous bassiner avec Aristote ! " - parmi les observations pince-sans-rire et les commentaires carrément irrespectueux qu'il consacre à la morue (qui n'a aucun vice, mais dont les vertus sont abominables), la perche (la pire insulte qu'on puisse lancer à un poisson n'est autre que " Tu as l'intellect d'une perche! "), la tortue (qui est lente, balourde, herbivore et hostile à toute espèce de progrès), le boa constricteur, le cobra et bien d'autres.
    L'humour de Cuppy, tendre et teinté de désespoir, est toujours aussi percutant et aussi drôle.

  • Deux vieux amis se retrouvent lors d'une réunion d'anciens de leur école juive. Ayant depuis peu franchi le cap de la quarantaine, Guido, photographe, et Charlie, psychologue, vont s'intéresser à la même femme mariée, la séduisante Aviva, professeur de violoncelle. À l'insu de Guido, dont elle est la maîtresse, Charlie accepte en effet la belle musicienne parmi ses patients. Cette dernière, cependant, ignore tout des liens qui unissent les deux hommes. Dans ce récit d'amour et de désir, au comique volontiers noir, Curt Leviant relate les rapports triangulaires qui s'installent, vus par chacun des trois personnages. À mesure que les complications vont croissant, les trois protagonistes - campés avec autant de vigueur que de sensibilité - doivent faire face à la jalousie, au besoin de stabilité et à la difficulté de garder ses secrets. Des personnages secondaires hauts en couleur tourbillonnent autour du trio vedette dans ce superbe roman que l'on a le plus grand mal à poser, où l'amour et le plaisir sont tour à tour trouvés et perdus, où les culs-de-sac côtoient les nouveaux départs. Plaisante innovation, l'ouvrage comporte une Annexe alphabétique offrant de fins morceaux, des bons mots et des surprises destinés à prolonger, clarifier et parfois même, pourquoi pas, à modifier le cours du texte. Salué par la critique comme une oeuvre « exquise et enchanteresse », un oeuvre « d'un brio fascinant », ce roman montre assez que Leviant est l'un des écrivains les plus talentueux de notre époque.

    Curt Leviant est l'auteur de quatre romans qui ont fait sa renommée aux Etats-Unis : The Yemenite Girl, The Man Who Thought He Was Messiah, Passion in the Desert et Partita in Venice. Il a reçu de nombreuses récompenses et ses nouvelles courtes et longues ont été publiées par les plus grands magazines et figurent aussi dans des anthologies. « J'ai lu le roman de Curt Leviant d'une seule traite... J'ai savouré chaque péripétie de l'intrigue... Ce livre est écrit avec infiniment de tact, de sensibilité et de savoir-faire. » Saul Bellow

  • L'Enigme du fils de Kafka se déroule à New York et à Prague en 1992. Le personnage central de ce roman est le narrateur, qui s'exprime à la première personne, cinéaste de son métier. Dans une synagogue new-yorkaise, il rencontre un vieux Juif d'origine tchèque, Jiri, qui a jadis été directeur du célèbre Musée juif de Prague et qui, comme le narrateur, adore l'oeuvre de Kafka. Encouragé, inspiré même, par Jiri, le narrateur se rend à Prague pour y tourner un documentaire sur la vie juive dans la ville et ses rapports avec K. Tout comme le célèbre auteur, le cinéaste est grand et maigre. Qui sait si de telles coïncidences ne décident pas du cours d'une vie? Pendant ses premiers jours à Prague, il rencontre plusieurs personnes dont les existences vont finir par s'entrecroiser les unes avec les autres et aussi avec la sienne, notamment : 1) Le chamach (bedeau) de l'Altneushul, la célèbre synagogue vieille de neuf cents ans. Lorsque le narrateur demande s'il peut aller filmer le grenier où est censé reposer le golem légendaire, le chamach lui répond qu'il n'y a pas de grenier. 2) Karoly Graf, un homme d'un certain âge que le narrateur rencontre au Musée Kafka. Touché de voir à quel point le visiteur admire l'oeuvre de Kafka, Graf lui révèle qu'il est le fils de l'écrivain. Lorsque le cinéaste lui annonce qu'il voudrait le faire figurer dans son documentaire, Graf lui remet sa carte et l'invite à lui rendre visite. Mais le lendemain, quand le narrateur se présente dans l'immeuble indiqué, le concierge lui apprend que Graf a déménagé depuis plus d'un an, sans laisser d'adresse. 3) Une jolie fille en béret bleu que le narrateur rencontre sur la grand-place et invite à un concert. 4) Philippe Klein, un vieil homme qui explique au narrateur qu'il a survécu caché dans le grenier de l'Altneushul pendant la Seconde Guerre mondiale. Quelques jours plus tard, il lui fait une révélation fantastique. Si elle est vraie - et le narrateur réclame des preuves -, le documentaire sera le film du siècle. Le narrateur reverra-t-il Karoly Graf ? Pour le retrouver, il demande l'aide du chamach, qui connaît tout le monde à Prague et qu'il promet d'inclure aussi dans son film. Reverra-t-il la fille au béret bleu? Y a-t-il, oui ou non, un grenier dans la célèbre vieille synagogue? Et qui est le mystérieux vieux Philippe Klein ?

  • Un tableau excentrique et drôle de la bohème russe sous l'ère soviétique.
    " Ce livre parle de cinq représentants remarquables de l'art et de la littérature non officiels en Russie, dans les années soixante et soixante-dix. Il s'agit de l'écrivain Venedikt Erofeïev, auteur du "poème" légendaire Moscou-sur-vodka, traduit dans le monde entier ; du poète Leonid Goubanov, leader d'une organisation non officielle de jeunes créateurs au début des années soixante, le SMOG ; du peintre et poète Evgueni Kropivnitski, fondateur du célèbre "Groupe de Lianozovo" ; des peintres Anatoli Zverev et Vladimir Iakovlev.
    C'étaient des gens pleins de talent, des originaux, des novateurs qui ne dépendaient pas des tendances officielles de l'art de leur époque ; ils ont souvent connu le sort immérité de voir leurs oeuvres ignorées et d'être eux-mêmes persécutés par les cercles officiels. Mais, malgré leurs destinées tragiques, les héros de ce livre ne doivent pas être considérés comme des victimes : ce sont des Elus, et je bénis le sort qui m'a fait les rencontrer et les fréquenter dans l'atmosphère détendue de la vie quotidienne.
    Ces artistes étaient incomparables, uniques ; j'en étais tellement consciente que j'ai souvent noté leurs opinions sur l'art, sur eux-mêmes en tant qu'artistes, sur la vie. " (Natalia Chmelkova)

  • Paul et Marie Pireaud, jeune couple de paysans de Dordogne, viennaient de se marier lorsqu'éclata la Première Guerre mondiale. Paul, mobilisé dès le mois d'août 1914, ne revint chez lui qu'à la fin du mois de juillet 1919. Puisant dans les centaines de lettres que les deux époux s'envoyèrent amoureusement, l'auteure retrace leur histoire et présente une vision puisante et personnelle de la guerre.

  • Venedikt Erofeïev, un ovni dans le paysage littéraire des trente dernières années de l'Union Soviétique depuis la publication du samizdat Moscou-sur-Vodka, traduit dans le monde entier... Une enfance passée loin de Moscou et Leningrad, dans la presqu'île de Kola, au bout du monde civilisé, une famille des plus modestes et frustes ; une intelligence et une curiosité intellectuelle qui stupéfient tous ceux qui le rencontrent ; un amour passionné pour la poésie du début du XXe siècle, l'âge d'argent de la culture russe ; des connaissances encyclopédiques acquises dans les bibliothèques de diverses universités où il fait quelques brefs séjours, toujours accueilli à bras ouverts, toujours exclu pour indiscipline ; un ton d'une grande liberté, volontiers iconoclaste. La vie de Erofeïev s'est achevée il y a une quinzaine d'années, une vie d'errance marquée par un goût immodéré pour les boissons fortes, qui l'a toujours conduit à confier ses manuscrits - achevés ou non - à des proches plus ou moins fiables. La plupart de ses écrits semblaient perdus ; les textes retrouvés par un jeune chercheur russe passionné par son oeuvre et réunis ici forment une mosaïque impromptue : devoir sur une oeuvre de Maïakovski (sujet donné au concours d'entrée à une université), fragment d'un long poème, bribes d'un drame en cinq actes, récit de la rencontre avec l'oeuvre de Vassili Rozanov, montage de citations de Lénine, début d'un récit sur la vie d'un foyer universitaire, article sur les poètes de l'âge d'argent, passages d'une nouvelle pseudosymboliste, réaction à l'annonce de l'attribution du prix Nobel de littérature à Joseph Brodski... Un coktail de littérature pure.

  • Vingt portraits de femmes extraordinaires du XXe siècle. Cet ouvrage s'ouvre sur la grande photographe Berenice Abbott, qui, pour fêter son diplôme de fin d'études secondaires, se fit couper les cheveux à la garçonne : " A peine furent-ils par terre que je me sentis plus légère et plus libre. " Ce geste d'indépendance pourrait être l'emblème de chacune des femmes dont l'histoire est racontée ici. jusque dans les souffrances qu'elles traversent, dans les luttes qu'elles doivent livrer, dans les moments les plus sombres de leur existence, ces vingt " Aventurières américaines " surent conserver un style plein de grâce et de légèreté et se montrer d'une séduisante insolence dans leur manière de s'affirmer. Cristina De Stefano raconte dans ces pages la vie mouvementée de ces femmes extraordinaires avec affection et intelligence : nous découvrons ainsi dans ce livre (ou redécouvrons) la grande et malheureuse actrice noire Dorothy Dandridge et la poétesse Hilda Doolittle, premier amour d'Ezra Pound ; la pionnière du mouvement en faveur du contrôle des naissances, Margaret Sanger, et Dorothy Parker, la femme la plus drôle qui ait jamais écrit dans un journal américain ; Slim Keith, qui inventa une certaine notion de l'élégance, et Lee Miller, qui fut à la fois modèle et photographe inoubliable ; ou encore Amelia Earhart, aviatrice qui incarna à la perfection l'héroïne américaine, Anne Sexton, la poétesse suicidaire, Kay Swift, muse et collaboratrice de George Gershwin, et enfin la plus tapageuse des vamps hollywoodiennes, Mae West. Rencontres fulgurantes et liaisons scandaleuses, enfances dorées et adolescences désolées, amours irrésistibles et mariages orageux, succès fulgurants, suivis de chutes qui ne l'étaient pas moins - avec en toile de fond les tumultueux événements du XXe siècle. On reste sur l'impression que l'Américaine aventurière de cette époque-là, quel que soit son domaine d'activité, constitue un type anthropologique bien défini, qui ne manque jamais de fasciner.

  • marina tsvetaïeva est en crimée chez sa soeur lorsque éclate la révolution d'octobre : son mari et ses deux filles sont restés à moscou.
    elle prend le train pour les rejoindre. c'est ce voyage dans une russie en plein bouleversement qu'elle décrit dans octobre en wagon. et ce train l'emmène vers ce qui sera une des pires périodes de sa vie, l'année 1919 : un grenier misérable dans ce qui fut sa propre maison, la faim, la misère, la solitude, la mort de sa fille cadette, les efforts désespérés pour survivre. ses expériences et ses révoltes, ses réflexions, ses douleurs et ses joies sont chaque jour consignées dans son journal intime.
    la plupart de ses écrits ont paru, séparément, dans des journaux d'émigrés. elle désirait les réunir en un livre, mais n'y parvint pas de son vivant ; ce témoignage impitoyable de la vie en russie pendant la révolution effrayait les éditeurs aussi bien sympathisants qu'adversaires de l'union soviétique. marina ne se faisait d'ailleurs pas d'illusions : " c'est un livre de vie frémissant de vérité, ce qui signifie que du point de vue de la politique (c'est-à-dire du point de vue du mensonge) il est condamné d'avance.
    on y trouve des tchékistes adorables et des officiers blancs sans reproche, les premiers n'y verront que les derniers et inversement. " livre de vérité, certes, de vérité historique, car ce fut un temps cruel et meurtrier pour beaucoup. mais il s'agit surtout de la vérité subjective, partiale, partielle d'un grand poète et d'un grand écrivain, d'une femme passionnée, libre et rebelle. marina avait vingt-quatre ans.

  • " J'ai quitté mon pays, la Russie, au moment de la perestroïka, pour des raisons plutôt morales qu'économiques et je suis venue vivre en Italie, échangeant la Venise du Nord, ma magnifique Saint-Pétersbourg, pour la Venise originale, passant des eaux de la Baltique à celles de l'Adriatique. Je voulais vivre ma vie à moi et non une vie commune et je crois que je suis en train d'y arriver. Certes, ce n'est pas une vie exemplaire que celle que je mène, ni une vie en rien facile, mais en tout cas elle est pleine de surprises et elle me plaît ainsi. En écrivant ce livre, j'ai voulu raconter, à travers mon histoire, comment il est possible de vivre comme je le fais : sans chercher à faire carrière ni à gagner beaucoup d'argent, sans poursuivre l'idée du mariage ni penser à sa retraite pour ses vieux jours, mais en profitant chaque jour du bonheur de l'instant qu'il nous est donné de vivre, de l'amitié, des livres, des voyages proches et lointains, de l'infinie variété des simples mets et du monde plein de miracles. Les souvenirs des beaux jours de ma jeunesse passés dans l'Union soviétique, des situations comiques, des aventures bizarres se sont mêlés dans mon récit à la découverte que j'ai faite d'un monde nouveau et étranger, parfois hostile, parfois amical, mais enfin, qui m'offrait tout de même la possibilité de vivre ma vie en toute liberté, comme je l'avais rêvée.

  • Patrick Riley est irlandais, chômeur et pique-assiette professionnel, sans-logis les jours de malchance, témoin lucide et désabusé de l'Irlande de son temps, celle des années cinquante.
    Et aussi, et surtout, poète et écrivain, ce qui lui permet de dépeindre, avec une férocité souvent désopilante, sa longue dérive depuis la perte de son misérable emploi (secrétaire à l'Association des épiciers) jusqu'à sa fuite finale. Ce roman, drôle et perspicace, fait la chronique brillante des heurs et malheurs du héros, dans les pubs et les asiles de nuit, de Dublin à Londres, et des étranges rencontres qu'il y fait : un baronnet wagnerolâtre, un directeur de revue dublinois, passionné de " dialoctique ", les adeptes londoniens de la celtitude et, enfin, Amelia, riche philanthrope qui tentera - bien en vain - de " sauver " Riley avant qu'il ne s'échappe une dernière fois, vers la liberté...

  • Patrick Kavanagh fut poète avant tout, ce qui ne l'empêcha pas, tout au long de sa carrière, d'écrire de nombreux textes en prose, autobiographiques et critiques, pour des journaux et des revues littéraires - ce fut souvent son principal moyen d'existence, et aussi pour lui l'occasion de faire connaître son point de vue sur les écrivains du présent comme du passé.
    Sur la fonction spirituelle de la poésie, sur son propre parcours, sur son vécu de génie solitaire - pauvre, marginalisé parfois, cerné par la médiocrité (c'est ainsi du moins qu'il voyait les choses) - la prose vient compléter les écrits poétiques : elle nous dit sur Kavanagh tout ce que taisent ses poèmes.
    On trouvera ici l'essentiel des oeuvres brèves en prose qui jalonnent toute la vie de l'écrivain, ses textes autobiographiques légendaires, ses souvenirs de la vie aux champs, ainsi qu'un large choix de ses critiques littéraires, pénétrantes autant qu'acérées parfois. Prose flamboyante et musicale, âpre et véhémente, rageuse et radieuse qui, plus qu'aucune autre, nous fait entendre la voix de l'Irlande rurale des années de l'après-guerre.

  • Un album de quelques 65 photographies de Bernard Plossu, photographe culte de renommée mondiale, et deux textes inédits de Gil Jouanard à l'occasion d'une exposition du photographe qui aura lieu de cet automne à la Bibliothèque départementale de Marseille.

  • Les lecteurs de J'avais peur de Virginia Wolf ont pu savourer un rare aperçu des sommités de Bloomsbury, vues à travers le regard d'un adolescent de seize ans, Richard Kennedy. Dans ce nouveau recueil de souvenirs, Kennedy met encore en parfaite harmonie le texte et ses illustrations, pour nous décrire cette fois sa petite enfance, depuis le jour où son père est parti dans les tranchées de la Grande Guerre. Les heurts entre sa grand-mère, sa mère et les diverses gouvernantes, la découverte dans le grenier du paquetage de son père, renvoyé à la famille par les autorités militaires après la mort de celui-ci, ses premières leçons de dessin auprès du sergent Edwards, la bourse imaginaire qui lui permit d'intégrer le célèbre Marlborough College, sont narrés avec la franchise désarmante qui fait le charme de son premier ouvrage.

  • Venedikt Erofeïev est l'auteur du légendaire Moscou-sur-vodka, roman-poème traduit dans le monde entier.
    Il fait partie, avec Sergueï Dovlatov et Joseph Brodsky, de ce trio époustouflant de la littérature russe qui fleurit après la guerre. En 1956, Erofeïev, âgé de dix-huit ans, quitte sa province du Nord pour aller à Moscou, où il a été reçu à l'Université. Très vile, il se met à écrire un journal dans lequel il déverse pêle-mêle toutes ses émotions, sans aucune retenue, frisant parfois le délire, et où l'on détecte déjà cette liberté sulfureuse, ce monologue torrentiel et exalté, quasi halluciné qui habitera toute son oeuvre.
    Peu avant sa mort, à la fin des années quatre-vingt, il déclarait dans un entretien : " Cela m'étonnerait que quelqu'un se lance dans la publication des Carnets d'un psychopathe. Je n'imagine personne prendre un tel risque parce que dans ce livre il y a tant de... je ne parle pas des obscénités, mais des tournures pour le moins... inattendues. Les obscénités, on s'y est fait... mais l'inventivité dans le domaine lexical, ils ne l'admettront jamais.
    " A l'université, les autres étudiants me disaient que ce n'était pas possible, qu'on ne pouvait pas écrire comme ça. " Qu'est-ce que tu veux, Erofeïev ? Etre la vedette de l'université ? " Moi je leur répondais : "Mes ambitions sont nettement plus grandes." " Pendant trente ans, Erofeïev vivra dans les bas-fonds de la société soviétique avec pour seuls compagnons l'écriture et l'alcool.

  • Premier Rendez-vous, long poème considéré comme une oeuvre maîtresse, fut rédigé en 1921 et publié la même année à Berlin, puis republié peu après à Saint-Pétersbourg dans une version remaniée. Cette oeuvre, dont le titre évoque les Trois Rendez-vous du philosophe et poète Vladimir Soloviev, cherche à saisir l'instant qui n'est déjà plus à travers les images et les rythmes du passé, mêlant dans un tourbillon éblouissant magie incantatoire et autodérision. Georges Nivat écrit dans L'Histoire de la littérature russe (Fayard): "Jamais la poésie russe n'avait atteint une telle virtuosité formelle. Il faudra attendre Joseph Brodsky pour en retrouver l'équivalent. Premier Rendez-vous, par son modernisme, sa virtuosité sonore, son jeu spéculaire avec la musique, son thème des "retours" et ses échos de l'impertinence pouchkinienne, est le chef-d'oeuvre du symbolisme russe."

  • Alexander Granach eut une vie sans pareille. Neuvième enfant d'une famille de boulangers, il naît en 1890 dans une bourgade de la Galicie orientale, alors province de l'Empire austro-hongrois. Ieshaïa Shajko Gronach, comme il se nommait alors, quitte tout enfant la demeure familiale pour s'en aller gagner sa vie comme mitron dans la ville voisine de Kolomea. Sachant lire et écrire l'ukrainien, le yiddish et l'allemand, il devient secrétaire de la confédération des boulangers et organise la première grève des boulangers de la ville, à la suite de laquelle il est renvoyé de son travail et se retrouve à la rue. Il va se réfugier dans un bordel où on lui offre l'hospitalité pour dormir la nuit. C'est là qu'il fait preuve de courage en rossant un client malotru et se laisse séduire par les charmes de la maîtresse de maison, avec qui il partagera sa vie pendant quelques mois. À Lemberg, il découvre le monde du théâtre et se jure de devenir acteur. Un jour, il prend la route pour Berlin où il rencontrera dès son arrivée le célèbre Max Reinhardt, qui l'acceptera dans sa troupe. Au moment où il fait ses premiers pas sur la scène, éclate la Première Guerre mondiale, dans laquelle il est enrôlé comme soldat de sa Majesté l'Empereur d'Autriche. Fait prisonnier par les Italiens, il s'enfuit d'un camp de travail et arrive en Suisse, accueilli en héros par l'ambassadeur d'Autriche à Genève. Après la guerre, il jouera dans de nombreux théâtres en Allemagne, en Pologne, en Russie et en Suisse. Il atteint la célébrité mondiale en jouant dans Nosferatu de Murnau et dans Ninotchka de Lubitsch, aux côtés de Greta Garbo. Il meurt à New York en 1945.

  • " Il existe une ville de Pétersbourg, ou Saint-Pétersbourg, ou encore Piter (ce qui revient au même). " Pétersbourg, le roman d'Andreï Biely, qui commence avec cette phrase, est une des grandes sources d'inspiration du Récit de Saint-Pétersbourg de Boris Pilniak - une autre étant l'Antéchrist Pierre et Alexis, de Merejkovski. Pétersbourg, ville mythique, thème majeur de la littérature russe ! Boris Pilniak écrivit cette nouvelle en 1921. Elle fut publiée à Berlin, où il se trouvait alors, en même temps que L'Année nue et Le Mélampyre, deux autres oeuvres majeures de cette période. C'est un collage d'éléments à première vue disparates. " La révolution, disait Pilniak, crée un nouvel art littéraire. Dans le récit, elle contraint à disloquer la fable, à écrire selon le principe des changements de plan. " Nous changerons donc de lieux et d'époques : Russie du début du xviiie siècle, Chine ancienne, Chine révolutionnaire du début du xxe siècle ; nous changerons de héros : Pierre le Grand, un Chinois, la statue du Commandeur, le révolutionnaire Ivan Ivanovitch Ivanov, son frère, Russe blanc émigré, une certaine Lise, etc. ; nous changerons même de langue (russe archaïque, ou encore contaminé par le chinois). Pilniak " sentait " l'ancienne Russie dans la nouvelle. Le côté " chronique historique " lui permet de mener une charge violente contre le présent : sa cruauté, le caractère mortifère du pouvoir (dont il sera finalement victime). Mais sa passion pour l'histoire le conduit au-delà de l'histoire, jusqu'à en faire surgir son contenu mythologique - qui est de tout temps, donc aussi du nôtre. Pilniak avait accueilli favorablement la révolution : il fut arrêté et fusillé en 1937.

  • Thackeray publia d'abord son inénarrable catalogue satirique des snobs de son pays sous forme de chroniques hebdomadaires dans le magazine Punch, en 1846-1847. Ses portraits désopilants commencent par le snob royal pour passer aux snobs aristocrates, snobs de la City, snobs militaires et ecclésiastiques, snobs littéraires, snobs des clubs, et encore bien d'autres variétés de l'espèce. Les snobs sont toujours parmi nous et l'un des plaisirs qu'offre aujourd'hui la verve étincelante de Thackeray est de reconnaître sous sa plume les imbuvables ancêtres de cette race immortelle que nous côtoyons journellement. Peut-être, après tout, n'y a-t-il pas de meilleur ami du conservatisme que le snob radical acharné. Quand un homme vous harangue pour vous expliquer que tous les nobles sont des tyrans, tous les clergymen des hypocrites et des menteurs, tous les capitalistes des canailles, ligués ensemble dans un complot infâme pour priver le peuple de ses droits, il déclenche un revirement total des sentiments en faveur de ceux qu'il dénigre ainsi et, mû par un sentiment d'équité, le coeur généreux prend le parti de l'objet de cette injuste oppression. C'est à cela que servent les snobs radicaux, à donner aux gens honnêtes l'envie de venir au secours des persécutés; et, si le monde continue d'évoluer comme il le fait, c'est-à-dire avec le peuple écrasant tout sur son passage et l'aristocratie toujours vaincue après un honteux simulacre de bataille, l'Eglise terrassée, la révolution triomphante, eh bien, oui, le vieux Punch se retrouvera dans l'opposition, selon sa bonne habitude. La présente édition est la première traduction intégrale en français du chef-d'oeuvre de Thackeray, avec les gravures originales de l'auteur.

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