Pu Du Mirail

  • Le Moine est un roman sulfureux, comme le XVIIIe siècle a su en produire.
    L'anti-catholicisme qui l'inspire offre à la vindicte publique les agissements criminels d'un supérieur de couvent pétri de vertus, qui succombe, étape par étape, à toutes les tentations. Celles, banales, de la chair, que lui procure une novice (en réalité agent du Diable) et qui ouvrent en lui de nouveaux appétits, car la sexualité mène au crime, c'est bien connu. Ambrosio, pris au piège de désirs inexplorés, est inéluctablement conduit vers de nouveaux méfaits.
    Viols, matricide, inceste... sous l'oeil courroucé de Satan, qui mène le bal et obtiendra du pécheur une fatale signature, scellant son destin et sa chute. A priori rien de vraiment original dans ce parcours faustien, qui a pourtant suscité une attention soutenue de génération en génération. Alors que les surréalistes - surtout Éluard et Breton - en avaient fait l'étendard de leur combat, la récente adaptation du Moine à l'écran, par Dominik Moll, atteste de l'intérêt sans cesse renouvelé pour cette oeuvre intemporelle.
    Cet ouvrage, revu, augmenté et annoté par Maurice Lévy, reprend la traduction originelle de cette oeuvre emblématique du roman gothique.

  • Jazz talk ; approche lexicologique, esthetique et culturelle du jazz Nouv.

    L'ouvrage étudie le vocabulaire du jazz en détail et propose des clés pour comprendre l'implicite esthétique et culturel dont les mots sont porteurs.
    Chaque chapitre étudie un aspect du jazz par son lexique : le blues, l'église et l'expressivité vocale, la ségrégation et la négritude, le rapport entre corps, rythme et sexualité, entre musique et pratiques culinaires, entre la nature de la musique et des conditions sociales. Plus de 200 mots sont ainsi passés au crible d'une analyse sémantique, étymologique et historique pour en saisir la pertinence esthétique.
    Un chapitre fait le point sur la naissance du mot jazz ; un autre sur les fausses étymologies et les stéréotypes qui ont été diffusés sur le jazz depuis des décennies.
    L'ouvrage passe en revue les métaphores du jazz, les concepts intraduisibles (comme soulfulness, swing...), les spécificités dialectales afro-américaines, des notions musicales ou historiques, etc.
    Ce livre s'appuie sur une abondance de citations authentiques, notamment recueillies lors d'interviews réalisées par l'auteur.

  • Cet ouvrage s'intéresse à la question, toute moderne, du rapport au féminin, qu'il vienne de l'homme ou de la femme elle-même. La théorie de Jung offre de nouvelles issues pour penser cette question énigmatique. Jung a apporté à la notion de « bisexualité psychique » une complexité qui pourrait bien dépasser nos oppositions d'aujourd'hui entre sexe et genre. À partir de son expérience de clinicien, il a proposé et élaboré la problématique d'une libido qui serait bisexuelle et dont la source se trouverait dans un féminin archaïque, hermaphrodite des origines. Dans l'optique de montrer son évolution, mais également dans un souci de dialectique avec Freud, l'ouvrage déroule la pensée de Jung. En suivant l'oeuvre de ce dernier, on constate un rapport suivi entre les deux hommes, à travers leurs avancées théoriques respectives.
    Le propos est émaillé de l'expérience clinique de l'auteure, comme en dialogue avec la théorie et inversement.
    Le texte est divisé en quatre parties, chacune centrée sur un thème. Afin d'en alléger la lecture, des notes fournies et plus savantes se présentent comme un hypertexte destiné aux personnes qui voudraient approfondir les sujets abordés. Enfin, un court glossaire permet de comprendre certains termes spécifiques avant qu'ils ne soient développés et explicités plus avant dans le texte.

  • À partir de plusieurs cas de figure, par une approche pluridisciplinaire qui se déploie de l'Antiquité à l'époque contemporaine, cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur l'interaction entre processus économiques et dynamiques de la création artistique.
    Que ce soit dans la cité antique ou dans les cours royales de France, sur les chantiers des églises romanes ou dans les villes italiennes à la Renaissance et à l'époque moderne, dans les boutiques des marchands d'art à Londres et à Paris ou dans les collections et dans les agences photographiques américaines, partout les éléments d'un langage commun se dégagent, pour façonner une histoire réellement partagée. L'attribution des prix et de la valeur, la formation aux métiers de l'art, la fonction des ventes aux enchères, la gestion des legs des peintres, l'administration des théâtres privés et les stratégies pionnières de la publicité d'entreprise, les entreprises d'artistes, le goût bourgeois pour les décors exotiques... autant de thèmes et d'espaces qui voient les arts et l'économie manifester des convergences insoupçonnées, que ce volume invite à découvrir.

  • Cet ouvrage vise à renouveler les études récentes consacrées à l'ornement par une analyse critique de ce qui a traditionnellement défini et qualifié l'ornement : l'ornement est second, mensonger, superficiel, mais aussi, selon les périodes ou les lieux, vecteur d'une démarche culturelle et spirituelle, objet de plaisir, de beauté et d'ordre. Cependant, cet ouvrage prétend déplacer l'approche du sujet : habiter l'ornement suppose que l'on s'intéresse aux pratiques habitantes telles que Heidegger les questionne dans « Bâtir, habiter, penser » et « L'homme habite en poète ». En quoi et comment l'habiter, en tant que manière physique ou mentale d'être au monde, est-il indissolublement lié aux pratiques ornementales ? Quelles sont les propositions des architectes, des designers, des plasticiens au regard des pratiques de l'habiter et de ses représentations ? Quelle relation l'ornement entretient-il avec le jugement esthétique qui se joue dans l'habiter ? L'ouvrage s'organise en quatre volets : le premier propose des réflexions d'ordre esthétique, le deuxième concerne l'espace architectural, le troisième s'attache à la question du corps, et le quatrième aux pratiques plastiques contemporaines.

  • L'éolienne est une machine de production présente depuis 1180 en Occident qui, dès l'origine, met en oeuvre un principe physique et une architecture globale qu'elle conserve encore aujourd'hui. L'histoire proposée dans le livre s'articule autour de quatre scènes techniques, chacune située à une époque et dans un lieu précis et présentant un type particulier d'éolienne :
    Moulins à huile à Lille aux XVIIIe et XIXe siècles, moulin électrique au Danemark au tournant du XXe siècle, aérogénérateurs en France dans les années 1950 et éoliennes modernes en Allemagne du Nord à la fin du XXe siècle.
    Pour chacune de ces scènes, les dynamiques techniques et les dynamiques socio-économiques qui façonnent l'éolienne sont présentées à partir d'une analyse historique détaillée. Sur la base de ces histoires, deux indicateurs de long terme sont définis donnant un éclairage nouveau sur l'histoire de cette machine, articulant recherche technique d'efficacité et exigence sociale de régularité de production.

  • À travers douze contributions, ce numéro de Pallas « spécial concours » analyse l'organisation de la religion romaine et son expansion dans le monde sous la domination de Rome, à partir de la deuxième guerre punique. Il s'intéresse notamment à son évolution dans le contexte de la romanisation, ainsi qu'à ses rapports avec l'exercice du pouvoir.
    Il s'agit de la publication des actes du dernier colloque SoPHAU, organisé par la Société des professeurs d'histoire ancienne de l'université (SoPHAU) en rapport avec la question d'histoire ancienne au programme des concours de recrutement de l'enseignement secondaire.

  • Ce manuel d'arabe littéral, langue écrite, lue et enseignée dans tous les pays arabes, est la réédition du manuel paru en 2014, revu et étendu au niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL). La progression est construite à travers l'étude détaillée de douze textes extraits de la littérature arabe contemporaine, roman, poésie et théâtre. La méthode se base sur le réemploi, chaque chapitre reprenant les acquis du chapitre précédent. La grammaire et la conjugaison sont étudiées de façon implicite et constamment dans l'usage, sans jamais faire l'objet de leçons particulières. L'accent est mis de façon prioritaire sur l'acquisition du vocabulaire et son utilisation dans la compréhension et l'expression écrite, le but ultime étant la maîtrise de la lecture non vocalisée par l'acquisition des réflexes de lecture. Le manuel s'achève sur un mémento des principales notions de grammaire, de conjugaison et d'orthographe et par des exercices d'auto-évaluation. Un enregistrement permet l'écoute des textes et donne les corrigés des exercices, les traductions et les explications nécessaires en français.

  • La destruction par le fer et par le feu du grand temple de Sérapis à Alexandrie, en 392, à la suite des édits de Théodose condamnant les pratiques polythéistes, puis la transformation du temple d'Isis de Philae en une église consacrée à Saint-Étienne quelques décennies plus tard marquent officiellement la fin du culte public de ces divinités autrefois souveraines. Toutefois, leurs noms, leurs images, leurs pouvoirs, bref un riche imaginaire a survécu dans la mémoire des peuples jusqu'à nos jours, sous des formes multiples et dans des domaines variés. Revisitées, détournées, resémantisées, instrumentalisées parfois, les divinités du cercle isiaque, à savoir Isis, Sérapis, Anubis, Harpocrate, Apis et Osiris, ont traversé les siècles dans les arts et la musique, la littérature, les sciences (y compris les sciences occultes), la philosophie, les savoirs antiquaires et même la politique.
    Ce volume offre ainsi un kaléidoscope richement illustré des vies multiples et surprenantes de plusieurs dieux de l'Égypte pharaonique, de la fin de l'Antiquité à nos jours.

  • Les bombardements s'intensifient, Palerme devient de plus en plus dangereuse.
    Oncle Cesare a décidé de mettre sa famille en sécurité dans une petite maison à 30 km de la ville. Ils fuient. Le déménagement en lui-même est une aventure cocasse. Dès que la famille est installée dans le village, petits et grands doivent se mettre à l'oeuvre pour faire survivre le clan.
    Les récits de guerre abondent dans le corpus littéraire, pourtant tout est nouveau dans Mai 43. Deux singularités cimentent cette histoire : le langage hybride de l'enfant qui raconte, et l'observation innocente qui le protège de la cruauté. Orphelin de 12 ans, Gioacchino adresse son récit à la tombe de son frère. Entre des parties de cartes truquées, des perquisitions fascistes, des bombardements aériens et des repas qui ne se composent que de citrons, Gioacchino, qui n'est plus un enfant mais qui n'est pas encore un homme, devra manoeuvrer et réagir pour pouvoir survivre. À son insu, il devient le héros d'une épopée.
    Plus largement, Mai 43 est le chant universel de toutes les victimes ravagées par une guerre qu'elles n'ont pas choisie et, souvent, dont elles ne comprennent plus les enjeux.

  • Lieu de pèlerinage pour les chrétiens d'Éthiopie, le site de Lalibela est mondialement connu pour son complexe d'églises taillées dans une roche de couleur rouge sous le niveau du sol. Perchés à 2 500 mètres d'altitude sur les hauts plateaux de l'Éthiopie septentrionale, les monuments se répartissent en trois groupes dans lesquels s'enchevêtrent églises, passages souterrains et à ciel ouvert, cours et salles troglodytes. L'ensemble est communément attribué au souverain qui porte le même nom, le roi Lalibala, dont on sait avec certitude qu'il régnait durant le premier tiers du XIIIe siècle.
    Codirectrices de la mission française de recherche sur le site de Lalibela, Claire Bosc- Tiessé et Marie-Laure Derat livrent ici une synthèse des études historiques menées sur Lalibela et sa région et posent les principes d'une méthodologie archéologique spécifiquement développée pour ce site rupestre, à la fois témoin géologique exceptionnel et haut-lieu du christianisme éthiopien depuis le XIIIe siècle.
    Comprendre les raisons d'une implantation royale à Lalibela sans disposer de textes se rapportant à la région avant et pendant le règne de Lalibala ; déployer sur le site un regard archéologique sans avoir accès à des niveaux stratigraphiques ; croiser histoire et archéologie afin d'amplifier la force du signal témoignant de la vie du site et de son inscription dans un contexte régional, royal, puis fédéral ; telles sont les gageures des recherches menées à Lalibela et exposées dans cet ouvrage.

  • La question des relations entre ingénieurs et entreprises est au coeur des préoccupations des écoles qui les forment, des entreprises qui en emploient et des réseaux qui les fédèrent. Le sujet est propre à dessiner le portrait changeant, au gré des contextes et des situations historiques, des figures de l'ingénieur. Il offre aussi l'opportunité d'approcher l'entreprise dans ses fonctionnements les plus intimes, en suivant en cela une perspective originale : s'interroger sur ce qu'est un ingénieur (sous-entendu notamment :
    Que fait-il ? à quoi sert-il ?) revient peu ou prou à s'interroger sur ce qui fait une entreprise.

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  • Dans une approche pluridisciplinaire inédite, des historiens, anthropologues, sociologues et médecins s'attachent à rendre compte des mutations historiques des relations entre les vivants et les défunts, de même qu'ils se penchent sur les manières de faire société « autour de » et « avec » la mort. L'ouvrage envisage les mutations historiques et constances anthropologiques dans les relations entre vivants et défunts, puis, dans une seconde section, à l'aune de l'interventionnisme médical contemporain, la prise en charge de la fin de vie et de la mort.
    Les auteurs se proposent de faire état de la réalité sociale qui accompagne l'expérience du mourir, sujette aux mutations socioculturelles, à l'échelle de l'histoire occidentale.

  • Prologues au Brexit et à la crise de la mondialisation, les deux pièces de ce volume témoignent de l'état de l'Angleterre et du monde.
    Mirror Teeth est une comédie grinçante en trois actes. À force d'expressions fossilisées et de situations stéréotypées tirées du quotidien de « la petite Angleterre », la langue acerbe de Gill invente du neuf et surtout du vrai sur le monde globalisé, la famille, la xénophobie. Le premier acte se passe chez les Jones, une famille typiquement anglaise, structurée par le machisme du père, le racisme de la mère, la frustration sexuelle de la fille et le pédantisme du fils, jeune étudiant. Le deuxième acte entraîne la famille au Moyen- Orient. Curieusement, la maison n'a pas changé, et les préjugés non plus. Le troisième acte se déroule dans le même pays et démarre par le récit cocasse du camouflage d'un cadavre. Entre jusqu'au-boutisme colonisateur et freudisme caricatural, la comédie se fait forme par excellence du tragique.
    Sand, pièce inédite jusqu'ici, prend le contrepied de cette mécanique comique bien huilée et s'attaque à la prolifération de l'arme atomique.
    L'action, portée par une narratrice, circule entre époques et lieux divers (Corée du Nord, Hiroshima, Newcastle) concernés par la problématique de l'arme nucléaire jusqu'à ce que le texte, comme le monde, se pulvérise en un sable apocalyptique.

  • 1824, Goya quitte Madrid, accompagné de sa deuxième famille : Leocadia Zorrilla et ses deux enfants, Rosario et Guillermo Weiss. Il s'installe à Bordeaux auprès de son ami, l'auteur espagnol Leandro Fernández de Moratín.
    C'est cet exil bordelais qu'explore un auteur caché dans l'ombre du théâtre.
    Entre brumes, jeux d'ombres et fantasmagories, il esquisse une oeuvre mêlant les événements historiques - la guerre franco-espagnole, le Triennat libéral, la lutte entre libéraux et absolutistes... - et la peinture du grand maître.
    Ce faisant, ce sont aussi la création et ses incertitudes qui sont explorées, en même temps que sont questionnées l'histoire et ses représentations, sous une plume toujours aussi novatrice et éclairante, à l'esthétique résolument contemporaine.

  • Depuis longtemps, les historiens utilisent un vocabulaire qui leur est propre notamment à travers l'usage de techniques dites auxiliaires (Diplomatique, Paléographie...). Mais les réflexions sur la discipline et la confrontation aujourd'hui indispensable avec les autres sciences humaines les conduisent à se référer à un ensemble de méthodes et de concepts qui n'ont pas d'interprétation univoque (Biographie, Culture, Echelle...). Si la discipline semble éclatée, sa diversité en fait aussi tout l'intérêt: c'est pourquoi ce lexique présente les courants les plus novateurs (Histoire du genre, Socio-histoire...) comme les plus établis (Histoire des concepts, Histoire des représentations...). Les Mots de l'historien font également le point sur des termes généraux qui, au-delà de l'histoire, posent la question du rapport, souvent délicat, d'une société avec son passé (Archives, Mémoire, Négationnisme...).

  • Cet ouvrage généraliste rend compte de la vie quotidienne, culturelle, sociale, politique et idéologique de la République démocratique allemande (RDA) entre 1949 et 1990. Outre les notices thématiques qui retracent le fonctionnement de la vie dans cet État (ex. : élections, chômage, Trabi, Datcha), il répertorie d'un côté une partie du jargon bureaucratique et idéologique du SED, le parti hégémonique de l'État socialiste, et de sa police politique, la Stasi. Il s'attache notamment aux néologismes, sigles et concepts hérités de la tradition marxiste-léniniste, importés du russe ou encore à saisir dans la continuité avec la République de Weimar ou même le national-socialisme (ex. : sich dekonspirieren, FDJ). De l'autre, il se penche sur le contre-langage ou langage codé utilisé pour contourner la censure, évoquer les tabous ou communiquer de façon alternative dans la vie quotidienne, par exemple dans le cadre du marché noir, au sein de subcultures artistiques, ou encore dans les milieux de l'opposition politique clandestine (ex. : Écriture entre les lignes, jeans, mouvement pour la paix). Enfin, il s'intéresse aux concepts forgés par la recherche et la société pour désigner des réalités est-allemandes avant ou après 1990 (ex. : Ossi/Wessi, Ostalgie).

  • Cet ouvrage est consacré aux multiples formes d'énonciation des identités et aux modalités de leur concrétisation en Afrique. Il rassemble dans une même analyse des énoncés de types très différents qui, tous, participent aux constructions identitaires : discours et récits oraux, textes littéraires, journalistiques ou administratifs, objets emblématiques ou encore délimita- tions territoriales. Résolument transdisciplinaire, il retrace le cheminement des identités en Afrique, à travers l'institution imaginaire des territoires, la fabrique textuelle des héros et les usages mémoriels des figures historiques.
    Ce faisant, il donne des pistes, invitant à ne négliger aucune approche pour une analyse plus complète des processus de construction identitaire.

  • À la suite d'un incident technique mystérieux, et donc effrayant, les clients et employés d'un supermarché se retrouvent coincés dans ce temple archétypal de la consommation où, venus faire leurs courses quotidiennes, ils traversent une incompréhensible expérience-limite de fin du monde en chantant. Pendant ce temps suspendu, ils interagissent, se disputent, s'imaginent mourir, s'imaginent survivre, tirent des plans, se révèlent aux autres ou à eux-mêmes, s'adaptent et se transforment.
    Parabole chorale, et qui relève d'une anticipation d'actualité, cette pièce se présente comme un crypto-thriller musical tragi-comique à l'atmosphère étouffante, parsemé de coups de théâtre, riche de gags, de jeux de mots et de chansons. Mais nous la recevons aussi comme une méditation politique, poétique et scénique sur le langage, cette langue capitaliste et postmoderne qui est celle de notre société, la novlangue d'aujourd'hui.
    La pièce parvient ainsi à dessiner pour nous une image verbale, physique et sonore aussi juste que décalée, aussi tendre que critique, des plus invisibles et irrésistibles aliénations de notre temps.

  • Le deuxième volume de la collection « Linguae », qui propose des anthologies de textes dramatiques contemporains, est consacré au thème des frontières.
    Notre époque est bouleversée par la crise économique et migratoire, dont le théâtre contemporain se fait porte-parole, en donnant la voix, via la fiction scénique, à ceux qui dans la réalité sont souvent invisibles, en marge, oubliés, ou tout simplement des êtres en transition à qui la parole manque.
    Le monologue de Jean-Claude Bastos illustre l'histoire des grandes découvertes géographiques, qui ont bouleversé les frontières de notre planète, depuis le point de vue de son gardien. Le texte d'Andreas Flourakis met en scène des figures fuyant la Grèce en crise et cherchant une autre patrie.
    Tino Caspanello présente des femmes en transition, qui évoquent leurs histoires et cherchent une issue. Anaïs-Claire Panagiotou raconte la situation des migrants sur les plages grecques et les tensions que cela provoque entre ignorance et exploitation. Gabriela Acosta Bastidas livre un texte intimiste et éclectique sur sa situation de migrante contemporaine. Le texte de Zoubeir Ben Bouchta met en scène deux personnages bloqués dans un port, lieu de transition, où les histoires et les existences se croisent et parfois se figent.
    Le texte de Ricardo Correia traite des années de la dictature salazariste et de l'exil de ses opposants.

  • La question des identités en situation coloniale, aujourd'hui largement inter- rogées, renvoie aux questions démographiques, pourtant beaucoup moins étudiées. Pour l'Algérie du xix e siècle, ce paradoxe s'explique par le caractère lacunaire, incertain de la connaissance des faits démographiques, et par le manque de sources fiables. Le bilan de la catastrophe démographique de 1867-1868, largement méconnue du grand public, reste en partie à dresser, aussi bien pour la population indigène qu'européenne. De plus, les historiens débattent de l'état économique du pays avant 1830, du nombre d'habitants que compte l'Algérie à l'arrivée des Français, de l'impact des maladies sur les populations, ou encore des conséquences démographiques de la guerre d'invasion. En mobilisant les abondantes archives du personnel militaire de la seconde armée coloniale du monde, cet ouvrage propose pour la première fois une histoire anthropométrique de l'Algérie sur la longue durée (1800- 1880) qui apporte des éléments de réponse à ces questions. La stature adulte des soldats indigènes et européens, considérée comme indice biologique des niveaux de vie, est confrontée aux autres données économiques, dé- mographiques et climatiques. L'ouvrage situe ainsi de manière nuancée la trajectoire démographique des populations entre scénario d'Ancien Régime (facteurs naturels) et scénario critique (facteurs humains) et, enjeu majeur, réévalue sensiblement le nombre d'habitants à l'aube de la colonisation.

  • Ce numéro propose plusieurs articles sur deux cinéastes qui ont consacré leur vie et leurs films pour la défense du 7e art : Luis Ospina, réalisateur colombien de films documentaires d'importance disparu l'automne dernier ;
    Et Patricio Guzmán, réalisateur chilien dont ce numéro analyse la dernière trilogie et la Batalla de Chile.
    Il rend compte par ailleurs de la convergence de nouvelles productions audiovisuelles et de leurs conditions de création, témoins du temps présent.
    Il s'intéresse enfin à l'actualité des luttes sociales dans plusieurs pays du continent, à travers les collectifs qui ont vu le jour lors des rébellions de l'hiver 2019-2020.

  • Du repeuplement des campagnes à l'économie résidentielle, de la recomposition de la société villageoise à la transition mobilitaire, de la culture au village au marketing territorial ou du local au global, les mutations de la ruralité sont considérables. Elles appellent un profond renouvellement des catégories qui permettent d'en rendre compte.
    Cinquante auteurs réunis ici y apportent leur contribution, par leurs réflexions sur les usages, les ressources et les gouvernances des territoires ruraux. Ces réflexions sont rassemblées autour de cinq invitations pour redéfinir le rural et les ruralités, actualiser les méthodes, croiser l'usage des lieux et la mobilité, intégrer la diversité des activités productives, réévaluer les enjeux fonciers.
    Mieux étudier les ruralités permet alors de mieux comprendre les configurations inédites par lesquelles les acteurs répondent aux défis de la globalisation, de la solidarité, de la transmission entre les générations, de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la réorganisation des territoires.

  • L'Histoire de Jacob est inspirée d'un fait réel : un prêtre catholique apprend à l'âge de 35 ans qu'il est juif... Il s'agit de Romuald Jakub Weksler- Waszkinel, né dans le ghetto et sauvé par une famille polonaise chrétienne.
    Son histoire, avant d'être portée sur scène par Tadeusz Slobodzianek, a été racontée par la réalisatrice Ronit Kertsner qui, dans son documentaire Karuah [Éclaté], retrace les pérégrinations spirituelles de Jacob dans un kibboutz en Israël où, après avoir quitté la soutane, il cherche à approfondir la foi de ses ancêtres.
    Les thèmes de la pièce sont la quête identitaire, la foi, le doute, l'altérité et l'aliénation. Jacob se sent mal à l'aise dans le contexte polonais, mais il éprouvera une solitude encore plus profonde en Israël. Il n'y a de place pour lui nulle part, ni non plus de réponse à ses questionnements. N'étant réellement accepté dans aucune des deux communautés - car aussi bien l'origine que la confession doivent être bien définies pour y accéder -, il n'arrive pas à réunir les deux parties de sa personnalité éclatée.

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