• Le lambeau

    Philippe Lançon

    Philippe Lançon était dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Sa mâchoire est emportée par les balles des frères Kouachi. La veille au soir, il assiste à la représentation de La Nuit des Rois de Shakespeare. Il a pris ses billets pour les Etats-Unis où il donnera des cours de littérature à Princeton et rejoindra sa nouvelle compagne. Le matin du 7 janvier, Houellebecq est interviewé sur France Inter pour la parution de Soumission ; Lançon, qui a écrit un papier élogieux dans Libé, écoute en faisant sa gymnastique sur un tapis qu'il a rapporté d'Irak en 1991, deux jours avant les bombardements américains. À la conférence de Charlie Hebdo, tout le monde parle de Houellebecq, puis des banlieues, quand les tueurs arrivent. Philippe Lançon ne cherche pas à expliquer l'attentat. Il écrit sans pathos, sans complaisance pour lui-même, ce qui n'empêche pas l'émotion et la profondeur (sur la mémoire, la perception d'une vie). L'avant et le pendant sont d'une très grande intensité, la scène de l'attaque est extrêmement saisissante. Dans ce livre de survie, Philippe Lançon s'attache à décrire sa vie qui bascule, lui qui, défiguré, reçoit « une blessure de guerre » dans un pays « en paix ». Il raconte ce jour où le temps s'est arrêté, les longs mois de convalescence et les dix-sept opérations qui lui ont permis de retrouver le bas de son visage, la reconstruction d'une vie sociale, professionnelle, à lui qui n'est désormais plus le même homme.

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  • Arrêtée en Juillet 1942 avec sa mère sur la ligne de démarcation, Francine Christophe est encore une enfant. Elle a presque neuf ans, l'âge des jours heureux quand elle est rattrapée par la folie nazie. Interrogée par la Gestapo, enfermée de prison en prison, ballotée de camp en camp, en France d'abord, elle est déportée en mai 1944 au camp de concentration de Bergen-Belsen. A son retour, quand elle essaye d'expliquer à ses camarades de classe ce que la guerre lui a fait, celles-ci la regardent, gentiment, mais tournent l'index sur la tempe, l'air de dire : elle est folle. La jeune Francine ne parle plus du cauchemar qui a duré trois ans.
    Aujourd'hui, les mots refont surface. Francine Christophe raconte ce qu'elle vu et connu. Les coups, le froid, la faim. Les familles qu'on sépare. Les enfants qu'on entasse dans des wagons à bestiaux. La maladie et la mort. Les travées boueuses où les cadavres pourrissent. La cruauté. Mais aussi l'amour, celui d'une mère et de sa fille, indéfectible, qui résiste à la guerre. Et des miracles, comme ce bébé qui voit le jour dans l'enfer de Bergen-Belsen et survit grâce à l'entraide et la fraternité des femmes.
    Pour que tous nous sachions et n'oublions pas ce que fut la Shoah.

  • Shelomo Selinger, juif polonais, est entré dans l'enfer nazi à l'âge de quatorze ans. En quatre années d'horreur, il a connu neuf camps de concentration et deux marches de la mort. Comment a-t-il pu survivre ? « L'instinct, le hasard, la fraternité. Et puis l'oubli », répond-il.
    Une amnésie totale s'est en effet emparée de lui du jour même où il a été libéré. Elle l'a protégé pendant sept longues années des fantômes de la Shoah, et ne s'est dissipée que lorsqu'il est vraiment revenu à la vie par la grâce d'une double rencontre : celle de l'amour et de l'art.
    Depuis, Shelomo Selinger ne cesse de témoigner par ses dessins et ses sculptures monumentales qui se dressent à Drancy, La Courneuve, Luxembourg, ou dans l'Allée des Justes des Nations au mémorial Yad Vashem de Jérusalem.
    Mais l'artiste chante aussi l'enfance, la femme, l'espérance qu'il incarne dans le bois et le granit. Et dans ce livre où l'écrivaine Laurence Nobécourt lui a prêté sa plume de feu, il déclare son amour inaltérable de la Vie : « Il n'y a rien de plus sacré que la vie. Même Dieu n'est pas aussi sacré. »

  • Alors que tout semble perdu pour Leon Leyson, déporté à l'âge de douze ans dans un camp de concentration, un homme - un nazi - lui redonne espoir. En l'employant comme ouvrier dans son usine, Oskar Schindler fait du petit Leon le plus jeune inscrit sur sa liste. Une liste qui sera synonyme de vie pour lui mais aussi pour des centaines d'autres juifs pris dans les filets nazis.

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  • Pendant longtemps, pour se souvenir des nombreux enfants qui n'ont pas pu grandir, il n'y avait rien. Rien pour dire qu'ils avaient été tués parce que nés juifs, ni même pour dire qu'ils avaient vécu, qu'ils avaient ri, joué et pleuré... Comme s'ils n'avaient jamais été là. R. J.
    Rachel Jedinak a survécu à la première rafle du Vél'd'Hiv, en juillet 1942. Ses voisins, ses cousines ou ses camarades de classes, eux, n'ont pas eu sa chance. Après s'être battue pendant des années pour faire apposer, dans les écoles, collèges et lycées, des plaques aux noms de ces élèves oubliés, elle leur rend ici un dernier hommage. Dans ce récit tendre et délicat, elle raconte les parties interminables d'osselets sur les trottoirs, puis les camarades de classe qu'on regarde jouer dans le jardin public où l'on n'a plus le droit d'entrer. Et enfin, les traques, les rafles, les petits qui hurlent de chaud dans la Bellevilloise puis la fuite. Rachel Jedinak nous dit finalement la guerre de la plus universelle des langues : celle des enfants.

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  • « En 1915, j'étais âgé de 17 ans et, pour toute expérience humaine, possédais celle d'un écolier. En 1920 j'avais été journaliste, acteur, soldat, observateur d'aviation et fait le tour du monde avec mon escadrille. ».
    Première Guerre Mondiale est un recueil de textes quasi inédits écrits par le tout jeune Joseph Kessel, témoin et acteur de la guerre de 14-18. Y figure le « cahier de novembre 1914 » contenant vingt-deux textes (témoignages, nouvelles, poésie) tous en lien avec la Première guerre mondiale. Le jeune Kessel est notamment marqué par son expérience à l'hôpital de Nice où affluent les soldats blessés dès 1914.
    Nous découvrons aussi trois nouvelles poignantes, datées de 1915 et 1916. Et des scènes frappantes : des frères ennemis qui partagent leur nourriture et se tueront le lendemain, quatre vieillards d'Arras qui défient les obus, ou encore la folie collective des Allemands et les dangers de leur mégalomanie.

  • « Ça fait soixante-quatre ans que je n'ai rien pu dire, c'est la première fois que je le fais.

    Je me rappelle, j'habitais ici. Et puis un jour, ou plutôt une nuit c'était tôt le matin quand j'ai été arrêté , la rue a été barrée de chaque côté par des soldats en armes. C'étaient des Allemands, mais j'ai été arrêté par la police française.
    Il y avait des camions en travers de la rue et puis, devant la porte, une traction avant avec des inspecteurs en civil, des inspecteurs français qui étaient là pour arrêter un enfant de six ans et demi ! » B. C.

    Boris Cyrulnik évoque, dans ce livre très personnel, son enfance, son arrestation, son évasion et surtout l'insoumission aux hommes et aux idées.

    Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur denseignement à luniversité de Toulon. Il est l'auteur dimmenses succès, notamment Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards et Autobiographie d'un épouvantail.

  • Après une enfance heureuse en Pologne au sein d'une famille juive, Elie Buzyn va subir l'indicible : sa déportation à 11 ans et l'assassinat des siens ; le ghetto de Lodz, Auschwitz à 15 ans, la marche de la mort, Buchenwald.

    Lorsqu'il est libéré à 16 ans, il ne parle que le Polonais, le yiddish, et l'hébreu. Comment retourner à la normale ? Après avoir frôlé la mort, connu un état de sous-nutrition extrême, la libération et le retour à la vie sont complexes. La traversée de la frontière entre deux milieux sera pour lui un temps crucial qui aura duré des décennies... Ses expériences passées continuent d'exister en lui, en un magma éruptif qui peut surgir à tout instant.
    Mais il a agi, résisté, et réappris à vivre. Le chaos libère une grande source d'énergie qui lui a permis de développer une créativité de la vie où rien ne pouvait lui paraître insurmontable. Encouragé par les voix du passé et par le soutien de leurs morts, il a tenté de reconstruire ailleurs ce qui a été brisé. Il livre le récit d'un étrange périple passant par la France, la Palestine, l'Algérie.

    Chirurgien-orthopédiste, il s'engagera auprès des laissés pour comptes et des victimes que les nazis avaient voulu torturer et éliminer : témoins de Jehova, malades psychiatriques, personnes très âgées,... parfois dans des conditions difficiles, sans infrastructures sanitaires.

    Un parcours unique et atypique, éclairé par le regard d'Etty Buzyn, son épouse, écrivain et psychanalyste.

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  • La mémoire courte

    Jean Cassou

    • Sillage
    • 15 Mai 2017

    "Écrivain, poète, fondateur du musée d'Art moderne, et l'un des premiers résistants, Jean Cassou (1897-1986) publie en 1953 "La Mémoire courte", alors que se pose en France la question de l'amnistie des collaborateurs et que le monde, plongé dans la guerre froide, semble n'avoir le choix qu'entre l'horreur de la dictature stalinienne et la frénésie anticommuniste nord-américaine.

    Méditation dédiée à la mémoire de ses camarades tombés pour la liberté, mais aussi attaque violente contre la tentation de « la réconciliation dans l'aveuglement », ce texte tantôt virulent, tantôt teinté de mélancolie, entend rappeler que, pour ceux qui y engagèrent tout, jusqu'à leur vie, la Résistance fut d'abord « un fait moral, absolu, suspendu, pur »."

  • À travers ses quinze Lettres à Samira, écrites entre 2017 et fin 2019, Yassin Al-Haj Saleh survit à l'absence. Dédiée à sa compagne Samira Al-Khalil enlevée en décembre 2013, cette correspondance dresse à la fois l'état des lieux d'un pays en proie à la dictature - et plus largement la situation géopolitique contemporaine - et le portrait de la femme aimée, de leur lutte commune pour la liberté et le respect des droits humains.Ce recueil de lettres permet de découvrir un couple hors du commun, et à travers cette histoire d'amour en temps de guerre, la réalité de la révolution syrienne, ses enjeux, ses questions. D'un abord plus simple que les analyses politiques précédemment publiées, ce livre ouvre des pistes pour comprendre l'épineuse « question syrienne ». Le livre sortira en mars 2021, dix ans après le début de la révolution.

  • Enlevé en 2015 pendant cinq mois par Daech, Jacques Mourad a fait l?expérience de l?extrême souffrance, de la torture, de l?odeur de la mort, de la dépression ; il a aussi goûté la grâce de Dieu, la force de la prière, une paix et un courage qui ne venaient pas de lui. Aujourd?hui, réfugié avec les réfugiés en Irak, il témoigne et invite chacun d?entre nous à faire le choix définitif, radical, dans les plus petits actes, de la non-violence, de la rencontre, du dialogue, de l?amour inconditionnel et de la prière, car sans cela le monde s?enfoncera dans la violence.

  • Martine Laroche-Joubert doit à son enfance en terre marocaine un goût immodéré pour la liberté. De ses premiers reportages auprès des Pygmées de Centrafrique jusqu'aux deux guerres du Golfe et aux Printemps arabes, de l'éclatement de l'URSS au siège de Sarajevo, de l'apartheid en Afrique du Sud à l'élection de Nelson Mandela, elle arpente la planète avec une soif insatiable de témoigner.
    Elle livre ici ce que ses reportages ne montrent pas : un regard, une sensibilité, une subjectivité. Ce n'est plus la journaliste qui parle mais la femme de terrain. Martine Laroche-Joubert revient sur ces missions qui l'ont forgée, mais aussi sur ses erreurs et ses regrets de reporter. Et c'est avec sincérité qu'elle interroge cette envie de l'action et cette passion de l'ailleurs qui l'ont toujours portée, malgré sa vie de famille et le danger inhérent à son métier.

  • Chagrin d'Espagne Nouv.

    Quand la guerre hante les vivants Une petite-fille de républicain espagnol part à la recherche d'elle-même et des mystères de son histoire. Le passé politique se mêle au passé familial dans une quête où l'autrice et l'Espagne rencontrent de remuants fantômes.
    Un passé qui ne passe pas.
    Écrire contre l'oubli et la dictature Après la découverte de L'Art de perdre d'Alice Zeniter, le déclic, María-Josefa Ávila entreprend la rédaction de son livre : un récit de l'intime, un texte court et douloureux. Entre émotion et sidération :
    « Les questions tournent dans ma tête depuis si longtemps à propos de ce grand-père fusillé dont je ne connais que le prénom. Elles bourdonnent comme des insectes qui viendraient se cogner contre les parois du verre qui les enferment.
    Questions prisonnières du silence maternel.
    Mille fois je les ai posées... »

  • Inédite est la rencontre, autour de la guerre d'Algérie, d'un aussi grand nombre d'auteurs issus des différentes populations de l'Algérie française et coloniale.
    Écrivains et autres gens du livre de langue française, ils sont plus de quarante, nés en Algérie dans les années 1940-1950, à raconter ici leur enfance pendant « les événements », cette guerre cruelle qui longtemps n'a pas dit son nom et mit fin à cent trente années de vie commune, cent trente années uniques dans l'Empire français.
    Outre qu'ils témoignent d'une géographie physique et humaine très diverse, ces récits forment un document historique et littéraire précieux sur ce passé singulier. Et ils permettent de mieux déchiffrer, dans toute sa complexité, le monde bouleversé d'aujourd'hui.

  • Qui ne connaît pas la photo de cette fillette courant sur une route pour échapper au feu après un bombardement? Image bouleversante, emblème de la guerre du Viêtnam, elle a fait le tour du monde et attiré l'attention du public sur l'horreur d'un conflit qui compte parmi les plus meurtriers du 20e siècle.
    Personnalité devenue publique malgré elle, Kim, «la fille de la photo», avait déjà fait l'objet d'un premier livre en 1999. Cette fois, cependant, environ 45 ans après l'événement, c'est elle qui prend la plume pour nous montrer que, derrière le récit déjà publié, se cache une autre histoire, une histoire de foi, de consolation et de pardon, bien moins connue du public...
    Un livre passionnant, émouvant mais aussi profondément édifiant, qui ne peut laisser indifférent!

  • Il s'agit d'un des livres les plus célèbres de la littérature grecque moderne. Publié à Mytilène en 1924, réédité à Athènes en 1930 et remanié plusieurs fois par l'auteur jusqu'en 1956, La Vie dans la tombe a été traduit dans une dizaine de pays, dont la France (1933). Cette première version française, intitulée De Profundis, établie d'après l'une des premières éditions grecques et amputée de plusieurs chapitres ne rendant pas compte de cette oeuvre majeure, une nouvelle version, fidèle au dernier état du texte, s'imposait.
    La « vie dans la tombe » est, dans la liturgie orthodoxe, l'hymne du Vendredi saint, déploration funèbre dans l'attente de la Résurrection. Pour Myrivilis, c'est l'Enfer des tranchées durant la Grande Guerre, au-delà même de son expérience personnelle.
    Le livre se présente comme le journal intime d'un jeune Grec de Mytilène (Lesbos), Antonis Cotsoulas, engagé volontaire sur le Front d'Orient dans la Division de l'Archipel (les îles libérées du joug turc à l'issue des Guerres balkaniques). Il retrace ses épreuves et son évolution intérieure, de l'élan juvénile initial à la désillusion d'un patriotisme lucide teinté d'antimilitarisme, entre son départ de Lesbos en 1917 et sa mort au cours d'une grande offensive alliée contre les positions germano-bulgares de Macédoine, aux environs de Monastir. Bien que le lieu ne soit pas expressément nommé, cet épisode final peut être identifié avec la seconde bataille du Skra di Legen (mai 1918), victoire remportée par les Alliés au prix d'un lourd tribut grec (près de 3 000 tués ou blessés) et prélude à la percée qui allait déterminer le renversement du rapport des forces. Si l'auteur, pour ménager sa liberté d'expression, recourt aux artifices de la fiction, il n'emploie jamais le mot « roman ». Son livre est avant tout un témoignage d'un réalisme extrême sur la vie quotidienne dans les tranchées. Les 55 tableaux qui jalonnent ce chemin de croix forment une unité narrative autonome, à la progression dramatique rigoureuse. On y trouve tous les ingrédients des classiques récits de guerre, marches harassantes, corvées quotidiennes mais aussi scènes d'horreur et d'apocalypse. On y croise tous les desservants de cet « abattoir international en folie » (Céline), gradés arrogants ou humbles héros, déserteurs ou victimes résignées dont la vie intime est dévoilée sans complaisance. Ce Monde d'En Bas a pour contrepoint rêvé le Paradis Perdu de Mytilène, avec sa lumière, les parfums de sa flore, ses couleurs et ses rivages. Imprégné de traditions ancestrales, Myrivilis fait alterner le réalisme le plus cru avec le lyrisme le plus délicat. Le ton de l'épopée ne lui est pas non plus étranger. Il fait sentir avec éloquence le déchaînement des forces guerrières. Au service de son oeuvre il forge une langue neuve, un « démotique » proche de la langue orale, ponctué de régionalismes expressifs, de créations verbales pures qui, par son sens du rythme, s'élève à la hauteur d'une prose d'art. Cet irrécusable document est aussi un manifeste littéraire.

  • Ce conflit absurde aurait pu ne pas avoir lieu, mais il en fut autrement. Et aujourd'hui pour nous 14-18 marque un sommet dans l'universalité de la souffrance aveugle, celle des bêtes de somme, de la chair à canon, descouillonsdu texte, fusillés pour l'exemple, ou simplement morts au combat, gazés, ou alors survivants mutilés, gueules cassées, fous... Et cela quel que soit leur camp.(Patrick Boman)Lescouillonsse sont évidemment lespetitssouvent méprisés par d'aristocrates officiers au sens de l'honneur haut placé. Ceux que l'on sacrifie facilement pour reprendre une tranchée qui sera à nouveau perdue le lendemain. Ce sont souvent de jeunes paysans qui découvrent le monde et constatent ce que l'homme est capable de faire... en matière d'autodestruction.

    Une série de textes qui donne la parole aux soldats par l'intermédiaire de phrases issues de leurs correspondances ou de journaux. Retirées de leur contexte, parfois empreintes de naïveté, elles gagnent en force et en émotion. Par exemple, lorsqu'un Poilu avoue de façon anodine dans son journal qu'il s'est caché pour éviter la corvée de bois trop dangereuse, nous sommes dans tout ce que l'homme possède d'humain et non dans la lâcheté.·La seconde série de textes est composée de fictions réalisées à partir de faits réels ou pas. Leur point commun, la brièveté pour essayer de saisir l'instant.

  • Août 1944. Après une enfance heureuse en Pologne, Élie Buzyn subit l'indicible : la déportation, l'assassinat des siens, Auschwitz puis la marche de la mort jusqu'à Buchenwald. Il a 15 ans.

    Le camp est libéré le 11 avril 1945. Comment, alors, retourner à la vie ? Porté par les voix du passé, il reconstruit ailleurs ce qui a été détruit. Étrange périple de Buchenwald à la France, en passant par la Palestine et l'Algérie, étrange voyage de la mort à la vie.

    Devenu chirurgien-orthopédiste, il s'engage auprès des laissés-pour-compte et de ceux que les nazis avaient voulu éliminer : témoins de Jéhovah, malades psychiatriques, personnes âgées... Un jour, il comprend qu'il est temps de témoigner.

    De l'ombre à la lumière, du silence à la parole, un chemin de vie unique retracé avec Etty Buzyn, son épouse, écrivain et psychanalyste.

  • Au décès de sa mère, en 1983, Marie Kuhlmann entre en possession de six petits carnets noirs, illisibles car rédigés en gothique allemand. Bien qu'Alsacienne, germaniste de surcroît, elle doit apprendre à déchiffrer, mot après mot. Ces six petits carnets rédigés pendant la Première Guerre mondiale sont ceux de son père, Walter, incorporé dans l'armée allemande. Né en 1896, mobilisé fin 1915, Walter Kuhlmann, fils du pasteur luthérien de Saverne, est affecté dans l'observation aérienne au service de l'artillerie sur le front russe. Sa tâche consiste à reporter sur des cartes le résultat des reconnaissances effectuées en avion. Un témoignage mesuré et rigoureux, écrit au jour le jour par un jeune homme confronté aux horreurs et aux incertitudes de la guerre.
    Ancienne journaliste pour la presse féminine et directrice de collection, Marie Kuhlmann est aussi un auteur d'envergure nationale, dont les romans, à travers les destins passionnants et parfois tragiques de ses personnages, relatent des épisodes majeurs de l'histoire alsacienne. Sa trilogie sur les schlitteurs et les marcaires du XVIIIe siècle, Ceux de la Grande Vallée, a reçu en 2005 le prix de l'Académie des sciences, lettres et arts d'Alsace. Après onze romans publiés aux Presses de la Cité, elle choisit de confier sa traduction des carnets de guerre de son père à un éditeur établi dans la Vallée de Munster, où elle aime venir se ressourcer.

  • Pour Charles Waserscztajn, tout a commencé par une erreur lors de son enregistrement à l'Assistance publique, le 6 décembre 1940. Tauba, sa mère, jeune femme juive polonaise réfugiée en France depuis 1938, totalement démunie, sans solution, confie « provisoirement » son enfant à l'institution publique. En fait, celle-ci enregistre un abandon « définitif ». Cette erreur sauvera l'enfant de la déportation...Mais elle séparera définitivement l'enfant de sa mère. Tauba, engagée dans de nombreuses démarches pour récupérer son enfant, refusera de quitter Paris, au péril de sa vie...En 2001, Charles découvre son histoire dans le dossier conservé à l'Assistance publique et commence alors une enquête sur ce passé inconnu, sur les traces de ses parents déportés à Auschwitz et de sa petite enfance passée chez des nourrices dans le Berry. À la fois travail de mémoire et recherche à dimension historique, ce récit autobiographique entremêle l'itinéraire personnel, chaotique et attachant, d'un orphelin et les pages tragiques des rafles parisiennes, du camp d'internement de Pithiviers et de la Shoah. Documents administratifs inédits et photos familiales nous donnent à partager le parcours singulier d'un enfant de l'Assistance publique qui a su surmonter les épreuves de la vie, mû par une foi inébranlable dans les vertus égalitaires de la République, parce que celle-ci sait donner sa chance à ceux qui choisissent de la saisir.

  • Philippe Annocque s'est appliqué à déchiffrer les cartes postales que son grand-père, Edmond, adressait à ses parents alors qu'il était prisonnier de guerre en Allemagne, de 1916 à 1918. Ses mots d'aujourd'hui - explications, réflexions, exclamations, questions - se mêlent à ceux écrits pour dire, 100 ans plus tôt, le rien des jours qui se succèdent indéfiniment et se ressemblent infiniment. Mais, le rien n'est pas anodin, et le prisonnier de guerre, contraint par la censure, occupe de son écriture resserrée jusqu'à l'illisible l'espace restreint des cartes, pour dire tout simplement qu'il est vivant. Dans Mon jeune grand-père, l'auteur superpose sa lecture à ce qu'il retranscrit, et cette lecture aussi il la donne à lire.

  • Chronique au quotidien de l'auteur paysanne Geneviève CALLEROT, née en 1916, médaillée de la Légion d'Honneur à 102 ans, de sa soeur et de sa famille, dans la zone occupée près de la ligne de démarcation en Périgord, durant la Deuxième Guerre mondiale, période pendant laquelle elle fut arrêtée trois fois et fit de la prison pour avoir fait passer des centaines de personnes en zone libre.

  • La vie heureuse de Rose, petite Polonaise juive, bascule quand elle est capturée par les nazis et envoyée dans un camp de concentration. Pendant quatre ans, elle y subit des sévices innommables, mais sa soeur et elles décident de survivre à tout prix. La libération débouche sur une vie difficile à reconstruire. Impossible pour elle de croire en Dieu, désormais. Elle parvient à fonder une famille. Puis, c´est le choc lorsque sa fille lui fait part de sa foi nouvelle en Jésus- Christ. Elle a l´impression de recevoir une balle de revolver en plein coeur. Comment va-t-elle s´en remettre ?

  • « Aucun d'eux ne m'a dit où était maman. J'accepte que jamais maman n'aura de sépulture, et je comprends que jamais je ne serai en paix. Maman savait qu'elle allait mourir. Mais elle ne savait pas qu'elle serait jetée aux charognards. Je me dois d'être sa tombe, aussi longtemps que ses os traîneront quelque part sur ces collines. Vivante, elle m'a portée dans son ventre, elle m'a nourrie de son sein, elle m'a portée sur son dos, elle m'a aimée.

    Morte, je la porterai, dans mon ventre, sur mon dos. Partout, tout le temps ».

    A K-J.

    En kinyarwanda, « au-revoir »se dit : « Prends soin de survivre à la journée ».

    Annick Kayitesi-Jozan a survécu au génocide des Tutsis en 1994, au Rwanda. Elle avait 14 ans. Sa mère, son petit frère, une grande partie de sa famille ont été massacrés. Réfugiée en France, elle apprend au qutodien à vivre avec les morts, et avec les siens. Désormais, elle doit répondre aux questions de ses enfants. Alors, elle se souvient. Elle remonte le temps jusqu'à la cuisine pleine de suie où, pendant les tueries, elle sert de bonne aux voisins qui viennent de dénoncer sa mère.

    Hantée, Annick Kayitesi-Jozan fait converser les bourreaux et les victimes, se télescoper les naissances et les disparitions, la mémoire et le présent. Sa voix singulière est portée par une écriture intime, poétique et poignante.

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